Saviez-vous que la côte d’écoute des grands Prix de Formule 1 est au plus haut lors des départs. Les téléspectateurs s’attendent à voir des accidents sanglants. Bien sûr, personne n’avouera son instinct bestial de plein gré, prétextant la passion du sport ou l’amour des bolides de course. Pourquoi cette introduction à un article qui se veut être la critique de deux documentaires portant sur la pornographie (toujours dans le cadre du FFM). Une personne bien intentionnée m’a fait une remarque aujourd’hui avant d’aller à la projection de ‹la petite mort ». Sous le couvert de mon intérêt pour le documentaire, n’allais-je pas me rincer l’œil de scènes explicitement sexuelles ?! Si mon inconscient désirait cela, il a du être bien déçu et mon voisin dans la salle aussi. Ce dernier, dix minutes après le début du film, ronflait comme un sonneur.
N’allons pas par quatre chemins. Je n’ai pas aimé « La petite morte » d’Emmanuelle Schick Garcia. Le sujet, un regard sur l’industrie du cinéma porno français, est à priori un bon point de départ. Encore faut-il sortir des sentiers battus, soit par un traitement visuel original, soit par un axe particulier. Malheureusement, traité de manière plus que conventionnelle, ce documentaire est fade. La réalisatrice a beau insérer des séquences de transition montées à partir de plans instables, certainement trafiqués par un logiciel du genre After Effect, elle a bien du mal à cacher la légèreté et le manque de point de vue qu’elle porte sur son sujet. Et quelle est cette manie de vouloir se mettre en scène. Je fais partie de cette école où le réalisateur doit rester derrière la caméra à moins que sa présence ne soit parfaitement justifiée. Or, on ne ressent pas que la relation entre elle et son héroïne, Raffaella Anderson, soit d’une telle intimité que cela justifie qu’on voie notre chère Emmanuelle à l’écran.
Et pourtant, il y avait matière à un excellent documentaire, en la personne de Raffaella Anderson. Cette dernière a été l’actrice principale de « Baise-moi », le film sulfureux de Virginie Despentes. Raffaella nous révèle un événement dramatique de sa vie : Elle fut violée, mais ses agresseurs ont été relaxés par la justice française car, selon elle, elle les avait provoqués de par sa position de star du porno. Au lieu d’entrer de plain-pied dans cette polémique, Madame Schick Garcia nous rebat les oreilles avec la mystification de l’orgasme dans les films XXX, nous explique que les stars du porno font leur métier pour l’argent et non pour le plaisir et nous explique que c’est par manque de moyens financiers que les scénarii sont si triviaux. Une belle occasion de gratter à fond un sujet !
À la suite de ce film était projeté le documentaire de Siobhan Devine « My tango with porn ». Ne sachant pas qu’il était projeté dans la même séance que « La petite morte », je l’avais éliminé de ma liste des films à voir. Un documentaire sur le porno, ça va, deux, bonjour les dégâts pour mon image d’intellectuel sérieux. En plus, un documentaire réalisé par une Torontoise. Je n’ai pas des préjugés sur les habitants de Toronto…Quoique ! Ne disions-nous pas, il n’y a pas si longtemps au Québec que si Toronto se situait en Union soviétique, elle se nommerait Rétrograd. Vous comprendrez que je ne m’attendais pas à être surpris par le traitement du sujet.
Grave erreur. Un petit bijou de subtilité, d’humour et de profondeur dans le traitement. Siobhan Devine est restée très classique dans son tournage et son montage. De plus, elle est très présente devant la caméra. Mais dans ce cas, cela s’explique car elle est l’héroïne de son propre film : Pour boucler financièrement ses fins de mois, cette réalisatrice travaille à temps partiel au bureau de la censure cinématographique de l’Ontario. On la découvre apprendre son métier de censeur de films pornographiques. Des scènes plus cocasses les unes que les autres se suivent dénonçant la bureaucratie ontarienne.
On apprend que notre gendarmette de la moralité est aussi une réalisatrice engagée socialement, surtout auprès de la cause des femmes. Elle se retrouve face à un dilemme le jour où elle doit classer triple X le film « Baise-moi ». Doit-elle reprendre sa casquette de réalisatrice engagée et défendre ce film certes dérangeant mais qu’elle considère comme un outil de compréhension où faire son travail de censeur et voir ce film sortir du circuit classique de distribution ? Une réflexion intelligente sur la présence de sexe sur nos écrans en découlera.